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Le paradis 24 octobre, 2011

Posté par walterlewino dans : POESIE-LITTERATURE , trackback

17 06)

 

Au purgatoire un vieux tombe sur son-grand-père décédé il y a 70 ans   .

— Comment vas-tu, Papy ?

— Bien. Et toi mon petit ? Alors vous avez eu la guerre avec les Boches ?

— Ouais. Il y a longtemps, Papy, on a gagné, façon de parler. Les Boches sont devenus nos grands amis. Maintenant on fait la guerre en Irak et en Afghanistan.

— Où ça ?

— C’est du côté de la Perse

— Ah, bon ! Et il y a beaucoup de poilus tués ?

 — Non. Ca n’existe plus les poilus.

— Ah, bon ! Alors comment vous faites.

— On tire à distance, à des centaines de kilomètres.

— Ah, bon ! Alors les artilleurs, ils risquent rien ?

— Ouais. C’est surtout les femmes et les enfants qui risquent maintenant

— C’est con ça. Au fait le docteur Cambornac il a toujours sa petite automobile ?

— Oh ! il y a longtemps qu’il est mort. Maintenant tout le monde a une auto.

— Tout le monde… Ah, bon ! Même toi ?

— Oui, même moi, Papy.

— Et l’épicier de Rampagnac, il monte toujours avec sa camionnette Peugeot ?

— Non, il n’y plus d’épicier à Rampagnac.

— Ah, bon ! Alors comment vous faites ?

— On va en auto à Dourgon où il y a d’immenses épiceries qui vendent de tout. Des outils aussi, de la vaisselle, des vêtements…

— Ah, bon ! Même des salopettes ?

— Oui, je suppose. Mais tu verrais, ils proposent plus de cent fromages différents, toutes sortes de jambons, de fruits, de légumes. T’en reviendrais pas, maintenant ils vendent des fraises et des pèches en hiver, du raisin et des figues au printemps… et puis d’autres fruits et légumes dont t’as jamais entendu parler, des mangues, des kiwis, du coriandres, des avocats…

— Ah, bon ! Tes parents t’ont acheté le poste de TSF dont tu rêvais. Je me souviens que t’avais installé une longue antenne sur le toit

— Ah, oui, la TSF, nous on dit la Radio. Les postes n’ont plus besoin d’antenne. Ils ne sont pas plus gros que ton paquet de Gauloises

— Ah, bon ! Et on entend pareil ?

— Bien mieux. Ecoute, tu vas pas en revenir. Maintenant les gros postes de radio, ils ont un écran sur lequel on les voit parler. Sur l’écran on peut aussi assister à des matches de football en même temps qu’ils ont lieu, à des milliers de kilomètres, et voir des pièces de théâtre, des films…

—Ah, bon ! Des films ? avec Gaby Morlay et Elvire Popesco ?

— Oui, Papy, et bien d’autres.

— Ah, bon ! J’y penses, t’es devenu un homme. T’as connu des femmes ?

— Plein, je ne peux pas te dire combien.

— Ah, oui ! Elles ont bien voulu ?

— Maintenant elles veulent toutes. C’est plutôt elles qui te demande si tu veux. Il n’y a qu’à se servir

— Ah, bon ! Et des Américaines t’en as connu ?

— Ouais, quelques unes

— Tu te souviens, tu voulais aller en Amérique sur le « Normandie » ? T’y es arrivé ?

— Oui, Papy, Mais pas sur le « Normandie ». En avion ça ne prend plus que 5 ou 6 heures

— Ah,bon ! En avion ?… Moi, j’aurais eu peur de tomber. Au fait, t’as eu des gosses. C’est toujours la Maria qui descend de Pouchou pour les accouchements

Non, Papy, il y a longtemps que cela se passe à la maternité Dourgon, avec plein de spécialiste pour surveiller la délivrance. La Maria, elle coupait le cordon, c’est tout ce qu’elle savait faire. A l’hôpital, ils sont drôlement équipés

— Ah, bon ! Et ça coûte cher ?

— Non, c’est gratis

— Ah, bon ! Mais qui c’est qui les paie ?

— La sécurité sociale. Difficile de t’expliquer. Tout le monde paie.

— Même ceux qu’ont pas de gosses ?

— Oui, tout le monde

— Ah, bon ! Et Antonin Bargounet, il a toujours les meilleurs vaches pour labourer ?

— Ca fait longtemps qu’on ne laboure plus avec des vaches

—Ah, bon ! Alors à quoi elles servent ?

— A donner du lait . Plein de lait, trop de lait. On ne sait plus quoi en faire

— Ah, oui ? Mais comment ils labourent les Bargounet ?

— Avec un tracteur

— Ah, bon ! Ils ont des tracteurs ? Comme les Américains ? Ca doit pas être fatiguant. Et toi t’as quel âge maintenant ?

— Aussi vieux que toi quand tu nous a quittés

— C’est pas vrai ?… Et tu travailles toujours ?

— Cela fait vingt ans que je ne travaille plus

— Ah, bon ! Comment tu vis ? T’as des rentes ?

— Non, mais une retraite

— Ah, bon ! Comme les gars du chemin de fer ?

— Si tu veux. Aujourd’hui tout le monde touche une retraite

— Ah, bon ! C’est formidable tout ça. C’est le paradis.

— Non, Papy, c’est la merde


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