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Français moyen 13 octobre, 2011

Posté par walterlewino dans : POESIE-LITTERATURE , trackback

La recette du bonheur

 

Un jour comme les autres. Je me lève à sept heures trente, je me lave les mains, le visage, le derrière et le meilleur de moi-même, ce n’est pas mon jour de douche, je n’en prends que deux par semaine. Café avec un peu de lait et tartine beurrée, il est alors près de huit heures un quart, l’heure de prendre le métro pour aller au boulot, après un changement à Strasbourg-Saint-Denis.

Avant de monter au bureau, au quatrième étage avec ascenseur, je vais prendre un express au comptoir du bistrot du coin de la rue, je salue les clients à la ronde, la plupart sont des habitués, et j’évoque la météo avec le barman que je tutoie, il me passe le journal et j’ai à peine le temps de lire mon horoscope, je suis Verseau, qu’il est temps d’aller bosser.

Depuis que nous avons tous un numéro de téléphone personnel il n’y a plus de standardiste et l’entrée est bien triste. Nous sommes quatre dans mon bureau alors qu’ils sont six dans le bureau voisin dont trois femmes,  mais notre chef de section à tous est dans notre bureau, il n’est pas trop exigeant et passe une partie de temps sur le balcon à fumer des Marlborough. Le boulot est plus facile depuis qu’ils ont changé notre système informatique. Certains en profitent pour jouer sur Internet à des wargames, qui peuvent durer des heures.

La secrétaire commune à nos deux bureaux n’est plus toute jeune et a de grosses fesses, le plus âgé d’entre nous lui fait régulièrement des propositions salaces, très myope, il porte des lunettes à gros verres.

A midi moins cinq notre chef rabat le couvercle de son ordinateur et on sait qu’il est l’heure d’éteindre les nôtres. Nous disposons d’une cantine située à l’entresol d’un immeuble de l’autre côté de la rue, je préfère utiliser des tickets restaurant à neuf euros, je ne les paie que cinq, et traîner un peu dans le quartier, parfois je me contente d’un croque-monsieur et d’un verre de bière. Retour à 14 heures, il y en a toujours qui sont en retard, généralement les mêmes,  jusqu’à six heures, le chef part environ une heure plus tôt, il y en a qui en profite.

Bien que nous soyons soumis au régime des 35 heures (5X7), le samedi un de nous doit venir assurer une permanence, je suis souvent volontaire. J’aime bien être seul sur mon lieu de travail, il n’y a pas grand chose à faire, je traîne dans les bureaux qui sont nombreux, chacun ayant sa spécialité, et il m’arrive d’aller  à mon tour fumer sur le balcon, bien que je sois méfiant à l’égard de toute forme d’addiction. La plupart du temps je m’installe à la place du chef,  son fauteuil est plus confortable et on aperçoit par la fenêtre un peu de ciel.

Quand on est de permanence le samedi on a le droit à un jour de congé en compensation. J’en profite pour faire mes grandes courses, généralement à Auchan qui est accessible de chez moi par une ligne directe. Le soir je regarde la télé tout en dînant du repas que je me suis préparé, j’ai un plateau spécialement conçu pour ça, certains soirs, j’aime beaucoup la Une mais il m’arrive de regarder Arte pour les documentaires, je me suis abonné à Canal+ pour le sport, une folie.

Le vendredi ou le samedi je sors dîner à l’extérieur, tantôt chinois, tantôt des pizzas, tantôt un couscous, c’est beaucoup moins cher que les restaurants français, j’ai essayé les sandwiches turcs, je n’aime pas trop, peut–être une fois par mois, je vais dans une grande brasserie déguster une choucroute, mon plat préféré, ce soir-là c’est le fête et je bois une demi-bouteille de sylvaner.

Pour mes vacances je suis resté fidèle depuis au moins vingt ans un petit village de Corrèze qui domine la vallée de la Dordogne, j’y ai d’abord habité chez un habitant dans une sorte de ferme bien sympathique, puis, comme il a pris sa retraite et que je n’aime pas trop son fils et surtout sa belle-fille, je loue maintenant une petite maison de deux pièces, toujours la même et à la même époque. J’aime beaucoup ce village dont je connais pratiquement tous les habitants, je songe à aller y prendre ma retraite dans 14 ans quand j’aurais toutes mes annuités.

J’ai été marié mais ça n’a pas duré longtemps, maintenant j’ai des rapports avec une femme mariée que j’ai connue en Bretagne, la seule année où je ne suis pas allé en Corrèze. Elle n’est pas heureuse en ménage, son mari à une maîtresse, elle a deux enfants dont une superbe petite fille de huit ans qui des yeux d’un bleu pas croyable. C’est une femme adorable, mais je me vois mal tentant une nouvelle expérience maritale, une fois m’avait suffi.

Finalement je suis assez heureux de mon sort et quand je pense qu’il y a des gens qui passent leur temps à râler, à s’indigner, à vouloir changer de gouvernement, ils sont vraiment incorrigibles… Pauvre France !    

François Mayen

pcc le NVF

 

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