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Si j’étais lui 28 septembre, 2010

Posté par walterlewino dans : POESIE-LITTERATURE,SOCIETE , trackback

  L’ennui c’est qu’on ne dispose que d’une vie. Difficile de remettre ça. Reste le rêve. Imaginons qu’on se nomme Mohammed Benmachinchose, qu’on a dix-huit ans. Père, trente ans d’usine, ne sachant ni lire ni écrire, mais baragouinant assez bien le Français, mère pareil. On habiterait La Courneuve, Clichy-sous-bois ou quelques-unes de ces citées qui expliquent pourquoi les gitans restent accrocs à leur roulotte. L’école ? on s’y serait fait chier pendant une bonne dizaine d’années, sauf pour le sport, et encore ! dès la sixième on aurait été davantage attentif aux fesses de la prof, superbes, vraiment bandantes, qu’à ce qu’elle tentait de vous inculquer, vous sentiriez confusément que vous avez tort, mais comment faire autrement ? Pas facile de piger quelles sont les clés de la réussite sociale et de l’épanouissement personnel quand tout autour de vous ce n’est que misère et répression.   Libéré vers la seizième années vous auriez vite découvert  que le mot liberté est un vain mot  quand on ne sait pas quoi en foutre. Travailler ? puisque, paraît-il, c’est ainsi qu’on ramasse des thunes, mais où chercher, à qui s’adresser, quand on traîne un petit casier de rien du tout ? Pour des peccadilles commises comme en s’amusant. Une histoire de carte de crédit récupérée dans le sac d’une vieille qui viendrait de se ramasser la gueule contre un trottoir et qu’on aurait bien gentiment aidée à se relever ; des emmerdes, dont une saignante, avec les vigiles de Carrefour et de Discorama ; cette tentative de taguer des slogans anti-flics sur les murs d’un commissariat ; cette conduite sans permis, vous avez  vu combien ils demandent pour vous le faire obtenir ce foutu bout de papelard,  hélas, circonstance aggravante, ce serait dans une voiture d’emprunt, mais comment feriez-vous, si vous n’aviez pas une thune, pour vous procurer une tire, sinon en l’empruntant à un  nanti qui, si ça se trouve, conduirait comme une patate. Des broutilles, quoi, mais des broutilles qui feraient grimacer la meuf du service pour l’emploi où tout le monde sait qu’ils ne vous trouvent jamais de boulots valables. Alors vous iriez traîner avec les potes qui vous ressemblent, dans les escaliers ou dans les caves de la cité, on se demande à quoi elles leur servent, ces caves, ils y foutent jamais de pinard. Les escaliers ce serait mieux, vous pourriez charrier les gens qui montent et qui descendent puisque l’ascenseur il y a longtemps qu’il serait naze, surtout les filles, il arriverait même qu’il y en aurait une qui provoquerait grave et qui après crierait au viol, c’est pourquoi vous auriez  interdit à vos deux frangines de renter seules à l’appart. Les potes, ça deviendrait votre vraie famille. De temps en temps il y en aurait un qui ramènerait un peu de shit ou d’herbe. Et un jour un de ceux-là, un affranchi, vachement sympa, vous proposerait de lui filer un coup de main. Il s’agirait de mater dans le cas où des flics débarqueraient sur le secteur où il dealerait. On vous expliquerait à quoi on reconnaît un mec des stups en civil son type de bagnole et sa façon de conduire. Tout de suite la mèche vous conviendrait, enfin des thunes. Et un beau jour votre nouveau pote comprenant que vous êtes un gars sûr vous proposerait de prendre à votre compte un petit bout de son territoire.

La suite coule de source. Vous deviendriez de plus en plus gourmand, votre petit territoire ferait des petits jusqu’au jour où  vous feriez piquer avec un gros paquet de thunes sur vous et de pas mal de coc. Un an de cabane ferme. C’est là que vous rencontreriez ce grand caïd au baratin gigantesque qui vous expliquerait que la cam c’est terminé et que l’avenir est aux braquages en oubliant de vous dire qu’en cas de coup foireux on en prend pour vingt ans. Ça ne raterait pas.

                         Fin du cauchemar             

Commentaires»

  1. Tu n’es pas lui !
    Es-tu toi ?
    JE EST UN AUTRE !(Rimbaud)
    Et comme en écho,
    Tu as bien fait de partir,Arthur Rimbaud!
    Tes dix-huit ans réfractaires à l’amitié,à la malveillance,à la sottise des poètes de Paris ainsi qu’au ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle,tu as bien fait de les éparpiller au vent du large,de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine.Tu as eu raison d’abandonner le boulevard des paresseux,les estaminets des pisse-lyres,pour l’enfer des bêtes,pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.
    Cet élan absurde du corps et de l’âme,ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater,oui,c’est bien là la vie d’un homme!On ne peut pas, au sortir de l’enfance,indéfiniment étrangler son prochain.Si les volcans changent peu de place,leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.
    Tu as bien fait de partir,Arthur Rimbaud!Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur avec toi.
    René Char (1947)

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